Une école très en avance sur son temps

VERNOUX-EN-VIVARAIS

C'est en 1802 que Marie Rivier, originaire d'un village ardéchois voisin, arrive à l'école de Vernoux. Ses valeurs éducatives étaient déjà à l’époque d’une étonnante modernité. Retour sur l’histoire de cette école.

L'école de la Présentation de Marie est la plus ancienne de Vernoux. Fondée en 1802 par Marie Rivier, religieuse reconnue bienheureuse par l'Église catholique. L'école est aujourd'hui sous la tutelle de la supérieure de la Présentation de Marie pour son projet éducatif, et de l'Éducation Nationale dont elle applique les programmes. À sa création, les méthodes pédagogiques, comme certaines de ses valeurs éducatives, sont déjà d'une étonnante modernité.

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Les archives portent trace dès 1786, par le témoignage d’Aimée Millot, devenue sœur Marie Vincent de Paul, d'une école tenue par des religieuses rue Panassac, qui accueillait déjà tous les enfants. La classe était mixte.
En 1796, Marie Rivier avait fondé la Congrégation des Sœurs de l'instruction, qui devient en 1804 Sœurs de la Présentation de Marie. C'est un changement de nom, mais pas de projet : l'école accueille indifféremment tous les enfants sans distinction de convictions religieuses, d'origine ou de statut social. Le projet est explicitement d'éduquer tous les enfants, même les plus pauvres.
L'éducation, gratuite est financée par la congrégation religieuse, qui vit de donations dons, revenus fonciers. L'enseignement est alors intégralement assuré par les religieuses. Marie Rivier développe l'école, et s’attache à apporter des savoirs pratiques aux enfants. Le maire de Vernoux voit cependant d’un mauvais œil cette implantation, faite sans son aval. Mais le soutien des mères de famille l'oblige à céder du terrain :
« Les sœurs s'étaient si bien conciliées l’estime et l’affection générale que dès la première nouvelle de la tentative du maire, Il se forma un attroupement de toutes les femmes du lieu pour prendre leur défense […] le maire, obligé de se désister, les laissa tranquilles. » - extrait d’une biographie de Marie Rivier. 

DE L’HOSPICE À L’EHPAD

En 1851, un important don du Curé Chifflet, de Vernoux, pérennise la gratuité de l’enseignement « pour les petites filles pauvres de la paroisse de Vernoux » - archive de Bourg Saint Andéol.
En 1864, c’est encore le curé Chifflet qui sollicite les sœurs pour fonder un hospice (pour les pauvres et les malades), qui deviendra l’Ehpad Beauregard. L’hospice deviendra l’hôpital, avec une maternité, longtemps tenu par des sœurs, et une pharmacie ouverte au public jusqu’en 1942.

FERMETURE ET LAÏCISATION

Dans les années 1900, la République laïque et l'Église s'affrontent. En 1903, toutes les congrégations enseignantes sont expulsées des écoles ; en 1904, les religieux se voient interdits d'enseignement. En 1905, la loi de séparation des Églises et de l'État met fin à la subvention des cultes. À Vernoux comme ailleurs, les sœurs sont expulsées, les enfants probablement répartis dans d'autres écoles. L'école rouvre cependant ses portes en 1915. C'est une conséquence de la Grande Guerre : l'État reconnaissant l'engagement des religieux français et expatriés appelés par l'Église à monter au front, assouplit sa position, et autorise à nouveau l'enseignement par les religieux. En 1959, la loi Debré autorise l'État à rémunérer les enseignants du privé, ce qui est le cas à Vernoux. En 2005, la congrégation confrontée à la crise des vocations se retire définitivement de la partie opérationnelle, les enseignants sont tous laïcs. En 2016, le collège et l'internat ferment, faute de moyens suffisants.

UN PROJET ÉDUCATIF MODERNE

À l'âge de seize mois, la jeune Marie Rivier subit un grave accident, qui l'empêchera de marcher pendant huit ans. Durant ces années, elle se passionne pour l'éducation. Les fondamentaux de son projet éducatif paraissent très en avance sur son temps. Si elle laisse aux sœurs enseignantes une certaine liberté dans la pédagogie, elle se montre très directive quant aux objectifs.
En termes modernes, les fondamentaux pourraient être l'éduquer ensemble (avec un projet éducatif co-construit avec les sœurs enseignantes, dans le respect des objectifs), l'éducation bienveillante (peu de punitions, prise en compte des capacités et du rythme de l'enfant), l'exemplarité des enseignants, l'ouverture aux autres et la tolérance (avec notamment l'accueil des enfants différents, handicapés, démunis), la formation continue des enseignants. La Congrégation, aujourd’hui implantée à Bourg Saint Andéol où elle conserve toutes les archives historiques de l’école, porte toujours les mêmes valeurs d’une école ouverte sur le monde.

Cf. L'hebdo de l'Ardèche / Jeudi 18 mars 2021

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